Et c’est reparti pour un(e) Tour aux mille charmes éphémères, une nouvelle parenthèse enchantée. L’Orangerie de se voir si belle en ce terroir, après pulpeuse rénovation sans pépins. En attendant le réaménagement du territoire poétique, prévu pour 2011, le Théâtre d’été bat le rappel et replante ses tréteaux dans l’herbe tendre du parc La Grange. Poumon et jardin du quartier, verdoyante oasis de douceur pour pique-niqueurs, lecteurs, promeneurs, rêveurs, flâneurs, joggers, lovers, oiseaux chanteurs, enfants rieurs, arbres en fleur, horticulteurs et balayeurs, acteurs et spectateurs. Bonheur !
Sweet ladies, my good lords, the Vagrant Tower is back !! La Tour Vagabonde, Sa Majesté Sphérique toute de bois vêtue, qui enchanta les Genevois l’an passé, transhume pour un second estivage au bout du lac. Comme surgie à rebrousse-temps d’un futur antérieur, cette citrouille de conte de fée vient dérouler ses vrilles sur tapis vert et ensemencer le parc de ses sortilèges bienveillants. Étrange bouture dont la greffe s’est révélée si féconde, au milieu des hêtres qui marcottent alentour, que l’on regrettera presque de la voir s’arracher, une fois l’automne survenu.!
Le vibrionnant Frédéric Polier, Grand Fakir de l’Orangerie depuis 2007, s’allonge sur le grill, en 7 questions-réponses à brûle-pourpoint :
Comment se présente la saison 2010 ? Une saison joyeuse et goulue, avec l’envie de raconter des histoires, le besoin de mettre en relation, en confron-tation et en résonance des pièces très diverses, qui sont autant de coups de cœur. Comme un voyage dans le temps ! Il y aura de grosses productions en alternance avec des spectacles plus intimistes, des grands classiques et des pièces peu connues. En toute cohérence avec la Tour Vagabonde, à la fois lieu du rêve et fil rouge de la saison.
Justement, la Tour Vagabonde, elle représente quoi ? Un tréteau de luxe, un rêve de gosse, un fantasme, un lieu épique et de parole.
Deux Shakespeare cette année. Tradition ou inflation, addiction ou invasion ? Je voulais profiter d’habiter ce globe à la manière élisabéthaine et restituer Shakespeare dans sa complexité et son accessibilité, sa grandeur et sa trivialité. Même si elles sont très différentes, il y a un effet-miroir entre les deux pièces, entre Hamlet et Falstaff, ces deux personnages antinomiques qui sont aussi les plus attachants et les plus emblématiques de son œuvre.
Un théâtre d’été pour qui, pour quoi ? Sortons de l’étiquetage «théâtre d’été» ! L’acte théâtral est pour moi un acte politique, de la démocratie directe sans démagogie. Il y a tout un travail d’humilité face au texte, un souci de clarté face au public. Rendre abordable sans pour autant simplifier, travailler sur le visible et l’invisible. En été on a le temps et l’envie de se distraire, mais le public genevois n’est pas un public facile à qui on refile n’importe quoi. De plus, avec l’abondance et la diversité de l’offre, c’est un public choyé. Alors du divertissement, d’accord, mais pas seulement ! Parce que dans une bonne pièce, il y a toujours une énigme, une bombe à retardement qu’il faut désamorcer. Les notions de risque et de défi sont très importantes. L’enjeu, ce n’est pas juste de plaire, mais de donner envie aux spectateurs de plonger dans l’imaginaire et la réflexion. C’est de l’ordre du cérémonial, de l’expérience collective, qui soit un réel moment de plaisir et non un pensum. Oui, c’est un aveu de théâtre, d’une ambition comparable à la grenouille affable qui se prendrait pour un bœuf : il faut juste tenter de s’arrêter avant qu’elle n’explose ! Ni avant-gardiste ni passéiste, encore moins tendance, c’est un théâtre au plus-que-présent.
Beaucoup de personnages, ça veut dire beaucoup de comédiens, non ? Oui, l’Orangerie aime les comédiens ! Une cinquantaine cet été, un beau travail d’équipe, de troupe, de collégialité, pour offrir des spectacles saignants à point !
Deux mots sur la Nouvelle Orangerie où vous rentrerez en 2011 ? Une pléthore de projets se profile à l’horizon, comme des oiseaux bleus dansant sur la crête des vagues, fêtant la naissance d’une nouvelle ère. La Tour Vagabonde aura été la caravelle emportant l’amour du théâtre vers des rivages pleins d’espoir !
Alors Frédéric, heureux ? Euphorique et stressé… Heu-reux ! façon Fernand Raynaud, c’est ça ?
Sabine Lalive d’Epinay